Rentrée et sortie

Retour à la case départ.

Retour à la routine, au train-train duquel on cherche à s’extirper, à ce temps qui file et au sein duquel on fait parfois tout, sauf ce qui ce nous fait plaisir. Parce que bon, il FAUT le faire. Il FAUT être raisonnable. Il FAUT montrer l’exemple. Faire comme tout le monde, et se dire qu’on est content d’être revenu.

Retour à la fraîcheur des trousses toutes propres et multicolores dans lesquelles pas un seul crayon ne manque, aiguisé, prêt, étiqueté, à tous ces objets auxquels on se raccroche pour se prouver que tout cela est bien, bien pour les enfants, bien pour nous, et derrière cette perfection matérielle, il y a forcément le signe d’un bonheur.

Retour à l’horaire, aux temps chronométré, minuté, divisé, écartelé dans lequel il faut tout mettre, tout rentrer, quitte à forcer un peu aussi, et dans lequel on finit par s’oublier, parce qu’on veut tellement le maîtriser, qu’on finit par le perdre. Et alors on ne fait rien, dans la culpabilité la plus totale, on recommence, bêtement, en se promettant qu’après les prochaines vacances, ce sera différent.

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C’est normal, nous dit-on, c’est la rentrée. On reprend les bonnes habitudes, celles qui nous font avancer, grandir, participer au bon fonctionnement de la société. Les bonnes habitudes, celles qui s’opposent donc aux mauvaises ? Ah oui, les mauvaises habitudes: celles où l’on ne faisait jamais rien, où l’on ne regardait jamais l’heure, où l’on dormait quand bon nous semblait, où on lisait, jouait, cuisinait, voyageait, discutait pour un oui, pour un non et où tout était guidé par la spontanéité la plus totale et l’absence de règles et de frontières. Oui, reprenons donc ces bonnes habitudes de parent impatient, de mère coupable et de travailleuse déchirée, de passager anonyme, exaspéré, d’enfant fatigué qui n’attend qu’une chose: que la rentrée cesse et que le temps des mauvaises habitudes revienne.

Rentrons donc. Rentrons à l’intérieur. De quoi, on ne sait pas très bien, mais il faut y aller. C’est le temps, c’est maintenant. Allons-y, prêts, propres et souriants. Rentrons de nouveau dans la boîte, dans la cage, dans les conventions sociales, dans ce qu’il faut faire, à défaut de ce que l’on veut faire. Et oublions que l’on est libre de faire autrement. La preuve, on peut sortir aussi.

Sortir de nos habitudes par exemple. Sortir dehors aussi, à heures étranges, entre deux réunions, pour rien. Sortir de soi, de ce que l’on pense de nous-mêmes, des autres, du voisin qui râle et à qui finalement on a jamais vraiment parlé. Sortir de ses convictions, de ces limites que l’on s’est imposées on ne sait plus très bien pourquoi. Exister hors de soi et y retourner, comme bon nous semble. Et opérer tranquillement, doucement, un jour à la fois, ce changement de perspective qui fera toute la différence.

On peut se dire que ce n’est pas le temps de la rentrée, mais le temps de la sortie, celle où l’on explore dehors, où l’on est libre, où l’on parle aux autres sans regarder son écran, où l’on s’aventure dedans et dehors, parce qu’il n’y a pas de cage et parce que le temps des vacances est le véritable temps auquel on appartient. C’est juste un temps plus flexible, un temps qui pardonne nos faiblesses, nos moments de découragement, un temps plus humain qui prend différentes formes, mais existe toujours en nous.  Non, c’est finit tout ça: on ne rentre pas, on sort, on s’aventure vers autre chose, sans fuir, mais en se promenant tranquillement. On ne perd plus son temps, on le prend pour sortir, pour le plaisir, pour renouer avec toutes ces promesses que l’on s’est faites et qui font que l’on est soi.

Cette année, je ne ferai pas la rentrée. Non, bien au contraire, je vais sortir. Et j’ai bien hâte de me retrouver.

 

 

 

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