L’Histoire dans Les Crèvecoeur. L’Exposition coloniale de 1931

Entre mai et novembre 1931, se tint à Paris l’Exposition Coloniale Internationale. À l’époque, l’objectif de cet événement était de présenter les différentes réalisations des colonies françaises, notamment à travers des produits locaux et des bâtiments architecturaux que peu de parisiens avaient l’opportunité de voir. On y justifiant ainsi tout l’argent dépensé à l’étranger pour étendre le territoire et la culture du pays.

Zoo Humain

L’espace de quelques mois, la Porte Dorée se vit donc transformée en une sorte de Disneyland des colonies et où, sur 110 hectares, l’on déployait des pavillons tous plus rocambolesques les uns que les autres. C’est bien simple, on promettait au visiteur “le tour du monde en un jour”. Les 8 millions de visiteurs qui s’y rendirent purent donc explorer l’Afrique, la Guadeloupe, Pondichéry, le Maroc, Madagascar ainsi que d’autres pays européens qui avaient leur propre pavillon, le tout rythmé par des spectacles et des feux d’artifices.

Mais ce que l’on donnait surtout à voir, au delà des réalisations architecturales, c’étaient des humains à la peau noire. Exhibés comme du bétail dans des pavillons aux décors reconstitués, ces hommes et ces femmes étaient forcés à se mettre en scène, parfois dans le plus simple appareil, pour le plaisir des visiteurs, nourrissant ainsi les clichés et favorisant le racisme ordinaire.

Lorsque Germain Crèvecoeur se rend à l’Exposition, il est loin de s’intéresser à la gloire des colonies françaises. Il cherche l’inspiration et la possibilité d’un voyage vers un ailleurs, au prix d’un ticket de métro. Il y découvrira la magie de la beauté noire, les couleurs et la matières naturelles des accessoires des africaines et les lignes envoûtantes de leurs corps et de leur chevelure. C’est là aussi qu’il rencontrera Ninon, la sénégalaise au sourire ravageur et aux ambitions secrètes. Même si leur histoire d’amour se soldera par un malentendu qui hantera longtemps Germain, l’exotisme, et par là l’érotisme, qui se dégage de la jeune fille nourrira son inspiration pendant bien des années.

Expo Coloniale 1931

L’utilisation de l’Exposition Coloniale avait deux objectifs pour moi. D’abord, elle me permettait de renouer avec la magie d’un épisode fondateur dans le destin de Germain qui est celui de la visite au cirque, lorsqu’il a environ 9 ans. Le bruit, les rires et la vie qui se dégageaient du spectacle sont très semblables à l’ambiance de l’exposition, à ceci près que notre personnage a dix ans de plus. Son désir d’ailleurs est toujours aussi vivace et il a maintenant un véhicule, celui de la chaussure, pour le rendre réel.

Cet épisode historique était également l’occasion de confronter Germain à une autre forme d’esthétisme et de lui donner la possibilité de nourrir son imaginaire autrement. Je voulais montrer à quel point sa passion modifiait son regard sur le monde et dictait ses émotions tout en stimulant sa sensualité. Alors que la plupart des visiteurs voient dans l’Exposition un zoo humain où la France ressort grandie, Germain y voit des courbes et des couleurs nouvelles qu’il lui faut transformer en soulier.

C’est ce décalage entre le réel et les besoins de sa passion, ainsi que sa vision sublimée de son environnement, qui rendent à mon avis le personnage de Germain si attachant. Derrière son envie de créer, il y a aussi cette peur de la médiocrité et cette nécessité de faire du monde un endroit qui fait toujours rêver.

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