Édith Crèvecoeur ou la douceur de l’imperfection

 

Cette semaine sur ma page Facebook j’ai proposé à mes lecteurs une série de posts sur le personnage d’Édith Crèvecoeur. À mesure que je construisais mes petits textes, j’ai commencé à me demander d’où me venait exactement ce personnage pour lequel, je l’avoue, j’ai une affection toute particulière. Mon premier instinct fut de me dire qu’Édith avait l’avantage d’être plurielle. Elle a tant de facettes en elle, celle de l’amoureuse, de l’épouse, de la fille, qu’elle possède cette capacité de devenir universelle pour tout un chacun. C’est ce qui fait sa force si bien qu’il est facile de s’identifier à elle et de s’y attacher.

Ce lien qui m’unissait à Édith allait pourtant au-delà d’un simple attachement. Lorsque j’écrivais le roman, je suivais chronologiquement le destin de Germain et, comme lui, je suis partie à Paris, j’ai fait ma vie à l’usine Bertram et j’ai cherché l’amour après avoir quitté Édith. Mais à mesure que les épisodes de sa vie se succédaient, je repensais à Édith que j’avais, comme Germain, abandonnée dans un coin de ma mémoire. Elle me manquait, mais elle n’avait plus sa place dans l’histoire de Germain à ce moment-là de l’écriture. Je savais qu’elle avait besoin de revenir, que sa place était essentielle dans le destin de mon personnage, mais il m’était impossible de revenir en arrière pour la retrouver. Je me souviens distinctement avoir éprouvé de la culpabilité à l’idée de l’avoir en quelque sorte reléguée à sa morne vie bayeusaine et de lui avoir enlevé ce fils qui, pour les besoins du livre, devait voler de ses propres ailes. Cette culpabilité, cette affection pour elle et la tristesse de son absence étaient telles que j’en suis venue à modifier une partie de l’histoire pour pouvoir retrouver ma chère Édith. Vous découvrirez comment, dans le tome 4 des Crèvecoeur, le retour en force d’Édith sous une forme un peu particulière, va bouleverser le destin amoureux de Germain. Mais pour l’instant, motus…

Édith perdue Cet attachement pour Édith était donc déjà, au moment de l’écriture, viscéral. Que voyais-je donc en elle au point de ne pouvoir m’en séparer ? Était-ce son visage magnifique et ses cheveux noirs qui n’étaient pas sans me rappeler cette grand-mère douce et mystérieuse que je n’avais jamais connue ? Était-ce besoin vital d’indépendance et de liberté comme mode de survie au malheur, recette que ma propre mère appliqua souvent tout au long de sa vie ? Était-ce ce bonheur d’aimer son enfant au point d’oublier qu’il faut aussi exister pour soi, abandon dans lequel moi-même je me suis souvent laissée aller ? Était-ce donc cela: Édith, la mise en abîme de mes propres figures maternelles ?

Mais pour moi Édith, avant d’être une figure féminine et maternelle forte, c’est aussi, et surtout, un être fragile. Édith se trompe, Édith hésite, doute, rêve de ce qu’elle ne peut avoir et fait souvent, malgré elle, les mauvais choix: ceux du coeur et non de la raison. Édith n’a pas de chance, elle a ses parents, son mari, son époque et son sexe contre elle. Édith vit dans l’illusion, préfère les héros de papier et les amis tissés d’une tapisserie que les hommes du monde réel et choisit toujours le refuge d’un doux souvenir plutôt que le risque d’être à nouveau déçue. Édith est cet être toujours un peu trop délicat, un peu trop humain et qui vit son existence un peu trop en décalage. Et que font les mères avec ces enfants qu’elles savent un peu trop fragiles ? Elles les surprotègent, elles ne les lâchent jamais des yeux et elles font tout pour que le chemin de cet enfant soit le moins tumultueux possible. Sachez-le, il en va de même pour les écrivains et leurs personnages.

Édith restera toujours pour moi cette jolie jeune femme qui entre dans la vie par la porte de sortie. Mais dans ses imperfections, ses échecs et sa fragilité, il y a aussi cette douceur presque enfantine qui fait d’elle, comme de nous, un véritable être humain.

 

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